samedi 29 octobre 2016

Loving Vincent


Loving Vincent (Par amour pour Vincent ou La Passion Van Gogh, selon les sources) est le projet exceptionnel et fou démarré il y a près de six ans par la Polonaise Dorota Kobiela et le Britannique Hugh Welchman (lauréat de plusieurs prix en 2008, dont un Oscar et le Grand Prix du festival international du film d'animation d'Annecy pour sa version de Pierre et le Loup), qui retrace en quatre-vingt-cinq minutes la dernière année de Vincent Van Gogh à partir de huit cents lettres manuscrites laissées par le peintre et quelque cent vingt tableaux, (re)donnant vie à ses modèles.


Chaque seconde de film a demandé douze peintures, exécutées à l'huile et sur toile, comme les tableaux originaux. Ce long-métrage, le premier jamais réalisé de la sorte, en aura nécessité plus de soixante mille, que l'on peut admirer, voire acheter, sur son site. Durant plus de deux ans une centaine de peintres aux profils variés et formés six semaines durant au style de l'artiste ont travaillé d'arrache-pied à Gdańsk, Wrocław (Vratislavie) et Athènes pour mener cette reconstitution à bien.


Pour animer les personnages des tableaux les réalisateurs ont fait appel à des acteurs et tourné les scènes en studio avant que l'image soit convertie sur la toile.


Afin d'intégrer les œuvres de Vincent au scénario certaines ont été adaptées : changement de format, voire de saison et donc de teintes. Les épisodes pour lesquels aucun tableau n'existe ont été reconstitués en noir et blanc d'après des photos d'époque – ils permettront des retours dans le temps.

Un financement participatif a contribué à l'aboutissement du projet.

Un extrait d'une vingtaine de minutes a été projeté hier soir, en avant-goût, à la National Gallery. Plus que quelques semaines à attendre pour admirer le résultat de toutes ces années de travail…

mardi 25 octobre 2016

Changement climatique

Petit à petit l'automne s'installe. Les températures sont clémentes et entre deux averses le soleil continue de luire. Sur ma loggia, un plant de tomates quelque peu dégarni s'y croit encore.

Les corolles des volubilis semés en juin dernier n'ont commencé à s'ouvrir que dernièrement et, malgré les nombreux bourgeons, je n'ai pour l'instant pas plus de deux fleurs à la fois, alors que leurs feuilles ont déjà commencé à se faner.

Depuis quelques jours les feuilles des arbres jaunissent sensiblement. Il me semble que cela arrive plus tôt habituellement. Il y a relativement peu de feuilles au sol.

Les campanules s'offrent une floraison supplémentaire, et de nouvelles pousses de misère sauvage ont surgi du terreau, remplaçant les précédentes, fanées.

Elles donnaient encore des fleurs il y a peu, et les nouvelles pousses sont habituellement moins hautes en cette période de l'année.

Des centaurées bleues semées au printemps ont pauvrement fleuri : peu abondantes elles ont toutes été d'un mauve terne.

Alors que nous traversons toujours quelques semaines frisquettes entre la fin de l'été et la mise en route du chauffage nous n'avons pas eu le temps d'avoir froid cette année. Malgré cela, il n'est pas rare de voir une coccinelle entrer dans la maison quand j'ouvre une fenêtre. Il s'agit, je crois, de coccinelles asiatiques se préparant pour l'hiver.

Les paniers de l'amap ont été moins généreux que les autres années, même si nous ne sommes pas à plaindre. Il y aura moins de sauce tomate maison qu'à l'habitude.


Les volubilis fleurissent de juin à octobre, les campanules de mai à septembre et la misère sauvage de mars à septembre.

jeudi 20 octobre 2016

Histoire(s) de soi, histoire(s) de l'autre – Traces du passé

J'entrai dans la cuisine rejoindre maman et papa après que ce dernier m'ait appelée. Un rapide coup d'œil autour de la pièce me donna une idée de la raison pour laquelle j'avais été appelée. La gazinière et le sèche-linge avaient été déplacés au milieu de la pièce et la bassine se trouvait tout près de leur emplacement d'origine. Je soupirai et m'appuyai contre le frigo attendant de savoir ce dont ils avaient besoin. Papa me fit signe d'approcher et me tendit une éponge imbibée de savon. Il me demanda ensuite de me faufiler à l'emplacement des deux appareils ménagers afin de nettoyer le mur et le sol. Je grognai mais m'avançai. Je pris l'éponge du bout des doigts et m'agenouillai devant la fine couche de moisissure recouvrant le mur. Je ne comprendrai jamais comment il était possible qu'il y en ait autant malgré les nettoyages réguliers de maman. Grimaçant, je commençai à frotter essayant d'y toucher le moins possible. Frottant, je vis la forme du conduit d'aération réapparaître. Maman m'arrêta avant que je ne change de côté et me prit l'éponge des mains, la remplaçant par une vieille brosse à dents. Elle me dit de la passer dans la bouche d'aération. Je retirai le grillage la recouvrant et le frottai ainsi que le début du conduit. Je m'apprêtai à remettre la grille en place lorsque je vis, posée à l'intérieur, une chaîne. Je la pris et la mis dans la bassine savonneuse. Je finis ma tâche, repris la chaîne et retournai dans ma chambre.
Le lendemain soir, j'étais seule à la maison. Je sortis de la salle de bain après m'être changée pour la nuit et me dirigeai vers le salon. J'étais en train de sécher mes cheveux avec ma serviette, ce qui me bloquait la vue, lorsque je percutai quelque chose, du moins, c'est ce que je pensai. Je croyais que je m'étais mal dirigée et que j'étais entrée dans le mur mais, levant la tête, je vis devant moi un jeune garçon. Il était maigre et sale, sans doute après avoir été dehors. Sa chemise était trouée aux coudes. Il portait également un short à bretelles, des chaussettes hautes trouées aux orteils et une paire de sandales miteuses. Son visage affichait une expression neutre mais la panique visible dans ses yeux était inquiétante. Pourtant ce qui m'effraya le plus, ce fut les «ruisseaux» d'eau dégoulinante sur tout son corps laissant une flaque à ses pieds. Celle-ci, malgré toute l'eau qui y tombait, ne s'élargissait pas. D'où venait toute cette eau ? Je n'en avais aucune idée. Il ne me fallut que deux secondes avant de faire un bond en arrière et qu'un hurlement aigu ne sorte de ma bouche. Puis, d'un coup, il se volatilisa. Je passai le reste de la soirée assise tout au fond du canapé, emmitouflée dans une couverture à regarder un dessin animé, sursautant au moindre bruit, jusqu'au retour de maman ou papa.
Trois jours plus tard, j'étais toujours hantée par cette apparition. Je n'arrivais pas à l'effacer de ma mémoire. Je m'assis contre le radiateur de ma chambre près de la fenêtre et posai mes mains au sol. Sous ma main droite je sentis l'étoffe d'un de mes foulards. Je le pris et son poids me surprit. Quelque chose était dedans. Je le secouai et la chaîne que j'avais trouvée cinq jours plus tôt en tomba. Je la pris et observai le pendentif qui y était accroché. C'était un médaillon en argent avec en son centre une tige de muguet et, suivant la courbe du cercle, était écrit quelque chose en hébreu. Il devait avoir appartenu à un juif. Une main se posa sur mon genou. Je relevai la tête et écarquillai les yeux, m'apprêtant à crier. Il était revenu. Je commençai à paniquer. Il me regarda dans les yeux, leva doucement sa main et posa son index droit sur ses lèvres, me disant ainsi de me taire. Je ne sais pas pourquoi je l'écoutai et restai silencieuse. Durant quelques secondes, nous nous regardâmes sans rien dire. Sa main était toujours sur mon genou et malgré le fait qu'elle soit toujours mouillée, mon jean restait sec.
«Aide-moi, murmura-t-il.
— T'aider pour quoi ? répondis-je.»
Les jours suivirent, je ne le revis plus, du moins pas directement. J'entendais sa voix dans ma tête. Elle y résonnait dès que je n'étais pas concentrée et que je laissais mon esprit voyager. Il en profitait donc pour me raconter son histoire. Il était charbonnier et n'avait que neuf ans. Il était effectivement juif et la chaîne que j'avais trouvée lui appartenait. Le mois d'octobre suivant son neuvième anniversaire il avait rencontré un magicien à qui il avait refusé quelque chose. L'homme ne l'aurait pas apprécié et aurait provoqué une inondation dans l'appartement du garçon où, ne sachant pas nager, il s'était noyé. La magicien aurait alors enfermé son âme dans le bijou, l'empêchant ainsi de se reposer. À présent, il voulait que je l'aide à libérer son âme.
Je lui donnai sa chaîne et ce qui suivit fut comme une scène de ménage, au sens littéral du terme. C'était comme si un aspirateur avait été allumé. Chaque partie de son corps se transforma en fumée et disparut progressivement dans un râle jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui qu'un petit nuage de poussière flottant dans l'air.
«Merci…»
Photo Chloé Devis

L'année passée a vu la classe de la douce s'impliquer dans ce projet en partenariat avec la Maison du geste et de l'image et la Ville. Ses professeures de français et de mathématiques, l'écrivaine Carole Achache et la photographe Chloé Devis ont conduit des ateliers thématiques autour de l'autoportrait, du quartier, des objets du passé, des goûts et dégoûts… Carole Achache est décédée à la fin de l'hiver, les ateliers ont continué. Une restitution de ce travail de longue haleine s'est tenue le 17 juin dernier à la MGI.

jeudi 13 octobre 2016

L'étourdie

C'est celle qui se mélange les pinceaux entre la date de réinscription aux cours de dessin, leur reprise, et qui réalise le tout le lendemain de ce qui aurait dû être sa rentrée. Un coup de fil plus tard la chose était réglée et j'ai donc repris le chemin de l'atelier avec une semaine de décalage.
Peut-être était-ce un acte manqué : après une année en pointillés je n'ai pas dessiné de l'été, et j'appréhendais un peu d'y retourner, mais j'ai été accueillie à bras ouverts et grands sourires ; je suis repartie de ce premier cours remontée à bloc, prête à y retourner dès le lendemain.

 La Barque des rêves – Encres et aquarelle.

Les élèves de l'atelier voisin ont conçu cette sculpture – blanche – faite, entre autres matériaux, de papier mâché, de bâche et de bouteilles en plastique. Je n'ai pas réussi à la rendre fidèlement mais ça n'a pas d'importance en l'occurrence, puisqu'il nous fallait nous inspirer d'œuvres renvoyant au rêve, parmi lesquelles Le Cap des tempêtes, de René Magritte.

En vue, une virée à Beaubourg pour visiter La Trahison des images, l'expo qui lui est consacrée jusqu'au 23 janvier prochain.
Ce n'était pas mon intention mais celui-ci me fait penser au Radeau de «la Méduse». Tu parles d'un rêve ! Feutres waterproof et noir, aquarelle. 
Le papier que nous utilisons n'est pas très épais, il supporte mal les pinceaux très chargés d'eau.

Le prof a évoqué quelque chose à propos de bateaux qui nous conduiraient, que je n'ai pas bien saisi car je finissais de m'installer au même moment, aussi a-t-il trouvé que je l'avais pris au pied de la lettre mais à vrai dire je me suis laissée porter et le résultat est simplement apparu, comme ça, tout comme le nom du premier dessin s'est imposé à moi.

Feutres waterproof et noir, aquarelle. Ça manque de contraste, il faut que je pense à moins diluer la peinture à l'avenir.

Je commence généralement mes dessins par la chevelure des modèles mais Gwenaël a le cheveu fin et il se passe la tête à la tondeuse, il m'a fallu du temps avant de trouver un rendu qui me convenait. Il vit en banlieue, à 25 km de Paris, et vient toujours à l'atelier en vélo. On s'attendrait à une baraque hypermusclée mais il n'en est rien. Il me fait penser morphologiquement aux mannequins de bois articulés utilisés parfois pour apprendre à dessiner le corps humain.


lundi 10 octobre 2016

Pommes de terre suédoises

Par personne
- 2 pommes de terre de taille moyenne
- 1 grosse cuillerée à soupe d'huile d'olive
- sel, poivre, herbes de Provence, ail

Placer les pommes de terre sur une planche à découper entre deux baguettes asiatiques avant de les émincer. Les baguettes empêcheront le couteau de trancher entièrement les patates. Les mettre dans un plat allant au four et les napper de l'huile d'olive assaisonnée. Enfourner à 200° durant trois quarts d'heure.

J'ai lu quelque part que cette préparation n'a de suédois que le nom. Peut-être, peut-être pas, mais elle est délicieuse accompagnée d'une salade.



jeudi 6 octobre 2016

Comment font les gens ?

«Oui, moi aussi je m'étais souvent demandé : comment font les gens ? Et à vrai dire, si ces questions s'étaient modifiées, elles n'avaient jamais cessé : comment font les gens, pour écrire, aimer, dormir d'une seule traite, varier les menus de leurs enfants, les laisser grandir, les laisser partir sans s'accorcher à eux, aller une fois par an chez le dentiste, faire du sport, rester fidèle, ne pas recommencer à fumer, lire des livres + des bandes dessinées + des magazines + un quotidien, ne pas être totalement dépassé en matière de musique, apprendre à respirer, ne pas s'exposer au soleil sans protection, faire leurs courses une seule fois par semaine sans rien oublier ?» pp. 175-176

D'après une histoire vraie
Delphine de Vigan
Jean-Claude-Lattès

lundi 3 octobre 2016

Petits riens au jardin

Nous y avons fêté les voisins. Le temps n'était pas de la partie pour la fête de la Musique, aussi avons-nous dû nous réfugier sous un porche. L'été s'est écoulé, avec les absences des uns et des autres. Nous avions prévu d'y célébrer quelques anniversaires à la mi-septembre mais la pluie est tombée en trombes le jour dit, et c'est chez l'une de nous que nous nous sommes cette fois réfugiés. Nous ne nous avouons pas battues pour autant et avons prévu de récidiver, mais plus tôt, de façon à ne pas nous trouver dans l'obscurité dès 21 heures, et réduire les risques de pluie.
Avant que le climat devienne trop incertain, nous nous sommes retrouvés samedi dernier pour un apéro. Nous étions peu autour de la table mais c'était bien agréable.

Avec moins d'adhérents et moins de plantations cette année, le jardin a l'air plus sage que l'an passé. J'y ai à peine mis les pieds : la difficulté à porter des choses, l'irrégularité du sol et l'impossiblité de m'accroupir n'ont pas été très motivantes… La Ville ne nous fournissant en broyat que durant une période limitée il nous faudra dorénavant nous débrouiller par nous-mêmes pour en trouver. Les recherches ont déjà commencé.