jeudi 28 mars 2013

Les Utopies concrètes


La semaine passée s'est tenu à Montreuil-sous-Bois le premier festival de la Récup, organisé par le Festival des utopies concrètes. Montreuil n'est pas très éloigné de chez nous mais pas suffisamment proche pour nous permettre de participer aux événements organisés en semaine. J'avais prévu de m'y rendre samedi avec ma Demoiselle mais elle s'était concocté un autre programme. Je m'étais dans un premier temps dit que j'irais tout de même, ne serait-ce que pour participer à la Disco Soupe, mais je suis finalement restée au chaud à la maison. Nous avions déjà participé à l'une d'elles en novembre dernier, organisée à l'espace de cotravail Mutinerie, après avoir contribué à réparer et re-parer Noël
Dimanche après-midi, tandis que les grands progressistes  de ce pays (j'déconne, hein, je préfère préciser), ceux qui croient encore que l'homosexualité est une perversion ou un choix, défilaient pour s'opposer à un truc qui n'affectera en rien leur quotidien, nous nous y sommes rendues, avec l'une des amies «canal historique» de la douce.

Tissages de bandelettes de tissus mais aussi de papier journal ou de papier toilette…
Maquillage à l'argile et aux pigments naturels.

Au programme, parmi d'autres, un atelier «qui cartonne», un atelier maquillage et un de tissage de lirettes auxquels j'aurais bien participé mais nous sommes arrivées lors d'un temps à peu près creux et je me suis embraquée en cuisine car là se tramaient des choses. Un peu plus tard une dame a réalisé avec les enfants de fort gracieux chapeaux uniquement à partir de matériaux de récup comme les alvéoles ou la mousse qui garnissent les caisses de fruits un peu fragiles. Je n'en ai malheureusement pas de photo…

 Joyeux désordre en coulisses…
 
Une infime partie des retours du marché.


Selon le principe de la Disco Soupe des participants se sont rendus au marché de la Croix-de-Chavaux y récupérer fruits et légumes qui auraient autrement terminé à la benne. Ils y sont allés à trois reprises et je ne serais pas étonnée d'apprendre qu'ils n'ont pas tout rapporté.



Étonnamment peu de choses de saison, dont des tomates, des courgettes, des aubergines à ne savoir qu'en faire, sans parler des fraises et des bananes, du raisin, des prunes et des agrumes. Il y avait une telle profusion de denrées que nous n'avons pu tout utiliser. Pourtant, les filles, accompagnées d'une troisième acolyte et sans compter les adultes qu'elles ont entraîné avec elles, ont préparé pas moins de dix tartes sucrées en suivant les directives de Clotilde, la cuisinière du CASA Poblano. Il y a aussi eu du gratin de courgettes, deux marmites pleines de sauce tomate pour accompagner pâtes ou semoule, de la ratatouille, des tartes salées, de la compote de fraises et de bananes et j'en oublie. Ça n'était ni bio ni local mais fait maison et avec entrain !

La buvette, également prise en charge par les filles.

Les trois louloutes ont si bien participé qu'elles sont invitées à toutes les activités qu'organisera Comme vous émoi, l'espace qui a prêté ses murs aux événements du jour, jusqu'à la fin de l'année !

L'îlot de ressources, pour donner une seconde vie à des choses
dont on n'a plus l'usage et réduire ses déchets…

Végétaliser ses murs avec recupcrea


Mur de cagettes, à végétaliser.


 
Système maison de filtration d'eau.

Dans l'après-midi s'est aussi tenu un débat sur la réduction des déchets auquel je n'ai que peu assisté, prise que j'étais en cuisine. J'aurais pu mais j'ai choisi de ne pas laisser ce que j'avais entrepris en  plan. Egalement d'autres ateliers que je n'ai pas vus, toujours car j'étais en cuisine mais ce n'est pas grave, il était plaisant de faire partie d'un tout et l’ambiance était très sereine… 
Comme il n'est pas rare de rencontrer les mêmes personnes aux mêmes endroits, j'ai croisé sur place la sœur d'une vieille copine et mon ancien collègue, le même qui était venu depuis les Yvelines lors de la vente de Noël… Nous sommes rentrées après que les papas nous aient rejointes et aient goûté nos préparations. Le temps d'arriver à la maison notre Inépuisable ne tenait plus debout et a rejoint Morphée sitôt sa douche prise.

mardi 26 mars 2013

My body is a cage



L'original.


Une reprise – celle de Peter Gabriel, mise en images par un certain NDATD. Ce n'est pas le clip officiel mais ce que ces garçons font de leur corps, à contrepied des paroles qui les accompagnent, est impressionnant…


Une traduction – de et par Jeanne Cherhal.

samedi 23 mars 2013

The me bird, l'Oiseau-moi, El pájaro yo



Je n'ai pas trouvé la traduction française du poème de Pablo Neruda qui a donné son nom à ce film, titré en anglais, seulement sa version originale – et après bien des recherches, d'ailleurs. Peut-être existe-t-elle – sûrement même – mais, aussi intimidant que cela soit, à partir de sa version anglaise, et au risque de me ridiculiser, je m'y suis collée…

I am the Pablo Bird,
bird of a single feather,
a flier in the clear shadow
and obscure clarity,
my wings are unseen,
my ears resound
when I walk among the trees
or beneath the tombstones
like an unlucky umbrella
or a naked sword,
stretched like a bow
or round like a grape,
I fly on and on not knowing,
wounded in the dark night,
who is waiting for me,
who does not want my song,
who desires my death,
who will not know I'm arriving
and will not come to subdue me,
to bleed me, to twist me,
or to kiss my clothes,
torn by the shrieking wind.
That's why I come and go,
fly and don't fly but sing:
I am the furious bird
of the calm storm.

Je suis l'oiseau Pablo,
l'oiseau d'une unique plume,
qui vole dans l'ombre claire
et l'obscure clarté,
mes ailes ne sont pas vues,
mes oreilles retentissent
quand je marche entre les arbres
ou sous les tombes
comme un parapluie malchanceux
ou une épée nue,
tendu comme un arc
ou rond comme un grain de raisin,
je vole encore et encore ne sachant pas,
blessé dans la sombre nuit,
qui m'attend,
qui ne veut de ma chanson,
qui désire ma mort,
qui ne saura pas que j'arrive
et ne viendra pas me soumettre,
me saigner, me tordre,
ou embrasser mes habits,
lacérés par le vent hurlant.
C'est pourquoi je vais et viens,
vole et ne vole pas mais chante :
je suis l'oiseau furieux
de la calme tempête.

On dit traduttore, traditore ; j'espère malgré tout avoir respecté l'esprit de ses vers…

El pájaro yo
(Pablo Insulidae Nigra)

Me llamo pájaro Pablo,
ave de una sola pluma,
volador de sombra clara
y de claridad confusa,
las alas no se me ven,
los oídos me retumban
cuando paso entre los árboles
o debajo de las tumbas
cual un funesto paraguas
o como una espada desnuda,
estirado como un arco
o redondo como una uva,
vuelo y vuelo sin saber,
herido en la noche oscura,
quiénes me van a esperar,
quiénes no quieren mi canto,
quiénes me quieren morir,
quiénes no saben que llego
y no vendran a vencerme,
a sangrarme, a retorcerme
o a besar mi traje roto
por el silbido del viento.
Por eso vuelvo y me voy,
vuelo y no vuelo pero canto:
soy el pájaro furioso
de la tempestad tranquila.



Connaître la façon dont a été fabriqué ce film n'ôte rien à sa magie…

mercredi 20 mars 2013

Paris sous la neige…


Encore quelques images – pour dire au revoir à l'hiver cette fois…

La plus belle photo selon Evous.fr : Grassin Delyle / "Le Pont des Invalides"
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J'ai passé dix ans dans la rue de gauche et l'Homme quatre dans celle de droite… En plissant les yeux je devine mes anciennes fenêtres. L'immeuble que l'on aperçoit entre les deux abritait un commissariat il y a une centaine d'années. Le coin ne devait pas être de tout repos, c'était celui où sévissaient les Apaches, et Casque d'or l'a souvent arpenté. Un jardin public pas très loin de là porte d'ailleurs son nom depuis environ douze ans. Les locaux du commico sont maintenant occupés par un cabinet d'architectes. L'église que l'on voit tout au fond est Don Bosco et a servi de décor à une scène du Drôle de paroissien de Jean-Pierre Mocky. Quelques séquences d'Assassin(s), de Mathieu Kassovitz, ont été tournées sur le terre-plein central et dans la laverie située juste après la voiture garée à main gauche. Je revenais d'une soirée au cinéma lorsque j'ai vu l'équipe de tournage sur le terre-plein, et je me souviens des silhouettes des acteurs. Le film que je venais de voir ? La Haine… Amusée par la coïncidence et malgré l'heure tardive j'avais appelé l'amie quittée moins d'une heure auparavant.
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Le vingtième arrondissement constitue un décor naturel très prisé pour les tournages de fictions. C'est  par exemple dans les rues de Ménilmontant que le petit Pascal Lamorisse suivait son ballon rouge. Il n'est pas rare que les scènes de métro soient tournées dans une partie de la station de la porte des Lilas transformée en plateau et inaccessible au public, et l'adaptation cinématographique du Petit Nicolas situe la maison du héros dans la rue Irénée-Blanc. On voit par ailleurs régulièrement divers mobilhomes et camions abritant des loges ou transportant du matériel garés en bas de chez nous.

D'autres photos par (avec les noms de leurs auteurs et
de jolies prises de vues publiées aussi dans les commentaires)…

samedi 16 mars 2013

La Ballade de Lila K, Blandine Le Callet

«On passe sa vie à construire des barrières au-delà desquelles on s'interdit d'aller : derrière, il y a tous les monstres que l'on s'est créés. On les croit terribles, invincibles, mais ce n'est pas vrai. Dès qu'on trouve le courage de les affronter, ils se révèlent bien plus faibles qu'on ne l'imaginait. Ils perdent consistance, s'évaporent peu à peu. Au point qu'on se demande, pour finir, s'ils existaient vraiment.» p. 262
***
Ce roman-là n'est pas une nouveauté, il est paru en 2010. Je crois bien n'avoir rien lu d'aussi fort depuis longtemps – j'ai juste été un peu déconcertée par la fin. Je l'ai littéralement dévoré et ne l'ai posé qu'avec regret à chaque fois. Le style est fluide, c'est bien écrit et, chose notable, bien corrigé.
L'histoire se déroule au début du prochain siècle, autant dire demain, et file tout de même quelques frissons dans le dos. Je me demande si on trouvera encore à le lire au vingt-deuxième siècle et quel regard nos petits-enfants porteront dessus, surtout si l'on songe que le 1984 que nous avons connu ne ressemblait pas exactement à celui imaginé par George Orwell (et qu'il faudrait que je relise, à vrai dire) mais que, tout de même, Big Brother is déjà pas mal watching us

La quatrième de couverture 
La Ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.
Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore...
Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La Ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

La Ballade de Lila K
Blandine Le Callet
Stock ou Le Livre de poche


Comme d'hab, d'autres extraits et avis chez Babelio… 

mardi 12 mars 2013

On était prêts samedi à remiser chandails et manteaux jusqu'à l'année prochaine étant donné le soleil radieux et la douceur des températures. Les gars de la météo avaient bien prévu un retour de l'hiver dès ce début de semaine mais cette perspective semblait éloignée, comme irréelle. Après un dimanche à la luminosité maussade il a plu hier une bonne partie de la journée, de sorte que quand la pluie s'est changée en neige, assez tard dans la soirée, j'ai d'abord pensé qu'elle ne prendrait pas. Il faut croire qu'il y a eu un petit coup de gel auparavant, comme un coup de pouce. Tôt ce matin des pluies verglaçantes sont tombées, perturbant le trafic ferroviaire francilien… Le Musicien prenait le TGV pour les terres d'Aliénor, où par ailleurs il n'a pas neigé. Il a quitté la maison avant le lever du jour et s'il a voyagé sans encombre les intempéries ont malgré tout influé sur les horaires des trains.
Vers dix heures les bus ne roulaient pas et les automobilistes téméraires étaient à peu près aussi nombreux que les piétons, en témoignait l'état de la chaussée et des ctrottoirs, mais cela n'a pas duré. Les services de voirie de la Ville sont passés, à quatorze heures on entendait de nouveau quelques moteurs vrombir et la chaussée n'a pas tardé à se changer en bouillasse bien cradingue.

 Je ne doute pas que vous vous soyez languis de mes bulletins météo…
 Pendant ce temps-là, en Normandie, ils ont eu au moins 50 cm de neige…
 Pour d'autres photos nazes de la neige, c'est par

 Si elle n'a cessé de tomber depuis cette nuit, sa densité a varié, entre micro-flocons et pièces de deux euros. Nos hauteurs sont toujours venteuses. Je n'ai pas encore mis le nez dehors, hormis par la fenêtre, mais il me semble que Zéphir s'en donne à cœur joie, emportant cette poudreuse dans des nuées qui finissent par former autant de tout petits monticules et la répartissant de manière aléatoire.
 
Profitant de ce que le cinéma récemment ouvert porte des Lilas propose des places à 5 euros ce mois-ci je suis allée voir le dernier Jabac, pour reprendre l'appellation d'Alain Resnais, et ne l'ai pas regretté. On y retrouve bien sûr l'humour mi-tendre mi-grinçant du tandem mais je me suis de surcroît régalée à observer les décors truffés de références oniriques, les costumes et l'image dont les fondus-enchaînés donnaient l'impression de regarder à travers le verre dépoli d'une fenêtre ancienne et faisaient penser aux paysages empreints de poésie de Nathalie Novi.


J'ai maintenant hâte que sorte Queen of Montreuil… J'attendrai en revanche de lire quelques avis avant de savoir si Les Coquillettes me tentent ou pas.



Je ne couds plus guère, pas plus que je ne tricote, ces derniers temps – je n'arrive pas à m'y mettre. J'entends pourtant régulièrement les appels de ma machine et de mes aiguilles ; je finirai bien par leur répondre, ne serait-ce que pour honorer une commande… Ça me manque un peu mais j'enchaîne les lectures plus ou moins sympas et il semblerait que je sois devenue à peu près monotache, j'essaye au moins d'éviter de me disperser, d'autant que j'ai un peu de travail de saisie et de mise en pages et que, à ça aussi, je peine à me mettre sérieusement même si ça reste prioritaire. Ça reviendra quand ça reviendra mais pas ces jours-ci car, la Demoiselle séjournant chez sa grand-mère, quelques sorties sont prévues, en solo puisque me voilà célib et sans enfant jusqu'à la fin de la semaine…

« Les Liz Dunn de ce monde ont tendance à se marier, puis vingt-trois mois après leur mariage et la naissance de leur premier enfant, elles optent pour une coupe de cheveux pratique et plus facile d'entretien qui leur dure toute la vie. Les Liz Dunn prennent des cours de pâtisserie et préféreraient mâchonner des ballons de foot que de priver leurs enfants de muesli. Elles possèdent un vibromasseur, et un fantasme mettant en scène un cow-boy pour accompagner son utilisation. Non, pas un cow-boy – plus un type qui construirait des terrasses, d'onéreuses terrasses de designers avec des spas multijets intégrés – des types qui consacreraient des heures, si nécessaire, à aider une Liz à trouver la bonne couleur de mastic pour la rénovation du carrelage de la chambre d'amis.
Je ne fais pas honneur à mon nom : je ne suis ni enjouée, ni femme d'intérieur. Je suis morne, maussade et sans amis. J'occupe mes journées à mener un combat permanent pour préserver ma dignité – la malédiction de notre espèce –, c'est l'arme qui tire les balles qui nous font danser sur le plancher d'un saloon et nous humilier devant des inconnus.
D'où vient la solitude ? Je hasarderais que le coup de dés auquel on peut assimiler la famille est loin d'être étranger à tout ça – père alcoolique ; mère agoraphobe ; enfant unique ; cadet ; aîné ; mère enquiquinante ; père qui triche au golf… Et vous, quel est votre héritage familial ? Vous êtes là. En train de lire ces lignes. Coïncidence ? Vous pensez peut-être que le destin c'est seulement pour les autres. Vous êtes peut-être gêné de lire un livre qui parle de solitude – quelqu'un va peut-être vous surprendre et découvrir alors votre honteux secret. Et d'ailleurs vous n'êtes peut-être même pas certain de savoir ce qu'est la solitude – c'est courant. On handicape nos enfants pour le restant de leurs jours en omettant de leur expliquer ce qu'est la solitude, avec toutes ses nuances, ses tonalités et ses incidences. Quand ça nous tombe sur le coin de l'œil, généralement juste après avoir quitté le domicile familial, on est totalement pris au dépourvu. On n'a aucune idée de ce qui nous arrive. On croit qu'on est malade, schizoïde, bipolaire, monstrueux, avec en prime une carence en zinc. Il faut attendre d'avoir trente ans pour comprendre ce qui a pompé la joie de notre enfance, qui a transformé notre cerveau en une fournaise hurlante, alors même qu'en apparence on semblait aussi confiant et bronzé qu'un pilote de Qantas Airways. La solitude.» pp. 16-17


Eleanor Rigby
Douglas Coupland
Au diable vauvert


dimanche 10 mars 2013

Yaourts au lait cru sans yaourtière

Je n'avais jusqu'ici préparé mes yaourts qu'au lait frais pasteurisé à partir de plusieurs recettes glanées ici ou . Puis j'ai entendu parler des yaourts au lait cru, et j'ai voulu tenter la chose.

Pour une dizaine de pots
- 1 litre de lait cru
- 1 yaourt
- 2 moules à tarte ou 2 plats identiques allant au four
- 10 pots de yaourt en verre ou en grès
- eau chaude

Verser le lait dans une marmite et le mettre à chauffer à petit feu une petite dizaine de minutes, durant lesquelles on ajoutera le yaourt au lait, puis on sortira de leur placard les moules à tarte et les pots dans lesquels on versera ensuite la mixture. Il ne faut pas porter le lait à ébullition pour ne pas «tuer» le ferment et si l'on veut que ces yaourts conservent toutes leurs propriétés : on doit pouvoir y tremper le bout du petit doigt sans se brûler, ce qui correspond à une température comprise entre 40° et 50°. On éteint la flamme et on allume le four à 50°, puis on verse la préparation dans les pots, que l'on dispose au fur et à mesure dans un des deux moules à tarte. On éteint le four puis on verse de l'eau chaude mais pas brûlante au fond du moule. On recouvre le tout avec le deuxième moule et on enfourne. L'idéal est de mettre cela en route le soir, pour récupérer les yaourts le lendemain matin… Recouvrir chaque pot individuellement à l'aide d'un film plastique ou d'un couvercle avant de les glisser au frais. D'après mon unique (pour l'instant) expérience ils se conservent parfaitement jusqu'à trois semaines au réfrigérateur.

Avec 1 litre de lait.

Les yaourts ainsi obtenus sont plus liquides que ceux que je prépare habituellement avec, en surface, comme une épaisse couche de crème qu'il faut donc mélanger au reste avant de les manger. En ville on ne trouve le lait cru que certains jours et en boutique bio : il faut prévoir son coup… Une prochaine fois je tenterai la fermentation dans un cuit-vapeur.

vendredi 8 mars 2013

M'envoyer des fleurs




Je sais bien, c'est la Journée internationale des droits des femmes et pas la Journée de lafââââme, ou autre appellation approchante, mais un peu de légèreté ne nuit pas. Tfaçons, demain, l'année de l'homme reprendra tranquillement son cours…

lundi 4 mars 2013

Apple addict


En attendant, c'est le pécé de l'Homme qui lit la plupart des DVD que je veux visionner, mon Mac les éjectant quasi systématiquement (suis preneuse de solutions si vous avez)…

vendredi 1 mars 2013

Second Tour ou Les Bons Sentiments, Isabelle Monnin

«Je suis devenue performante dans la gestion des programmes à court, moyen et long termes, des six autres personnes qui composent mon foyer. Mon esprit fonctionne comme un logiciel hyper puissant et parfaitement adapté à l'entreprise dont je suis la seule gérante, ne rendant des comptes qu'épisodiquement, quand il en a le temps, à l'actionnaire principal. Mais je me dis parfois que j'ai mis toute mon énergie au service d'une cause absurde, l'organisation domestique, j'imagine le regard de mes parents et j'ouvre la porte à la peur.» p. 65

«Nous étions jeunes, insolents et drôles, nous sommes usés, graves et inquiets. Mais quelque chose d'invisible nous lie : nous faisons chacun partie de la jeunesse des autres. J'appartiens à leur jeunesse, ils appartiennent à la mienne. C'est comme une nature, imposée par les hasards et les circonstances. […] Le temps a terni les éclats et effacé les liens, nivelant tout dans une même nébuleuse dont on devine mal des détails. J'en suis, ils en sont.» pp. 74-75

«Je riais avant. Pascal disait que de notre couple j'étais la gaieté. Impossible de me rappeler comment cela s'est étiolé. Sans doute lentement effiloché, ou mis de côté comme mes vieux habits.» p. 92

«Lorsque plus tard il rapatria chez nous sa collection de disques, minutieusement conservée depuis son adolescence, nous convînmes que nous devions lui faire de la place. Nous avons emballé mes livres de poche, toute la poésie et les romans de ma jeunesse, pour les offrir à la bibliothèque du quartier. Je ne suis pas attachée aux choses matérielles et Pascal aime que nous soyons généreux. J'imagine que c'est ce qui s'est reproduit avec mon rire : empaqueté un jour et cédé généreusement à quelque nécessiteux.» p. 93

«Nathalie demande comment je me sens. Aucune idée. Une femme dont la vie a passé en un instant, invisible, maigre ruisseau au bord d'une autoroute. Cinquante ans bientôt, ce qui n'est pas ne sera pas.» p. 95

«La soirée est comme ces années qui nous séparent : elle a passé à une vitesse / lenteur vertigineuse. […] Ses mains ne tremblent pas, il ne bredouille pas, le silence, même celui qui s'éternise, ne le gêne pas. Lui aussi pourtant va bien finir par me demander ce que je suis devenue. Et encore une fois je devrai me résoudre à l'aveu : rien, devenue rien du tout, ou il y a si longtemps maintenant que ça ne compte plus. J'étais quelque chose avant, avocate. Il y a un siècle. Pascal m'appelait maître, les clients m'appelaient maître, ma mère m'appelait maîtresse, mon père goguenard m'appelait ni Dieu ni et ça nous faisait rire. Tous les dossiers de divorces du cabinet me revenaient. La société moderne, prophétisait Pascal, va redéfinir les liens familiaux, crois-moi, tu refuseras des dossiers. J'étais la seule avocate du cabinet. Les autres filles en étaient les secrétaires. On ne s'embarrassait pas de mon avis, sauf sur des questions aussi cornéliennes que stores ou rideaux, photo ou tableau pour la salle d'attente ? Ils n'étaient pas misogynes, bien sûr, puisqu'ils étaient de gauche.» p. 131

«Ses images étonnaient la fille habituée aux grands rassemblement syndicaux que j'étais. Aucune vue de groupe, pas de plan large. Des corps des ouvriers, on ne voyait que des morceaux, doigts sur la chaîne, gros plans de leurs têtes baissées, rompues par la fatigue à l'heure de la débauche, alignement des casques au vestiaire à la pause du midi.
— J'ai fait des gros plans de mains d'ouvriers prises à différents endroits du monde, abîmées, gonflées, tordues par l'arthrose. L'autre jour, j'ai classé cette série. De toutes mes images ce sont celles qui ont le plus vieilli. Les #bras des travailleurs sont démodés. Ils ont été remplacés par les #bras des caissières ou ceux des employés sur leurs ordinateurs. Tu vois : on pourrait écrire l'histoire du XXe siècle en partant des #bras. On y mettrait les tatouages des déportés et les poings levés des militants pour les droits civils américains, on y mettrait les #bras des prisonniers de l'empire soviétique et ceux des torturés des guerres de décolonisation. Il y a dans la position des #bras quelque chose qui peut dire beaucoup. Tout à l'heure par exemple, je t'ai reconnue tout de suite à ta manière de tenir ton #bras plié au-dessus de ta tête, comme si tu te massais le cou. J'aurais mis #bras si j'avais fait une photo pour l'indexer.» p. 136
 
«— Penses-tu t'être trompée ? Si elle dit oui, elle pousse la porte sans poignée. Si elle répond non, elle reste avec sa poignée d'or dans la main. Elle bredouille Je ne crois pas. Mais si faiblement que Pierre peut entendre l'inverse. Le fidèle prie-t-il parce qu'il croit ou au contraire croit-il parce qu'il prie ? […] Cette indestructible certitude qu'il sera toujours là pour elle, maman ne part pas quand elle veut, Jeanne jamais ne sera seule, la fait vibrer, bien plus que les baisers de Pascal. Il y a si longtemps qu'il ne l'a pa embrassée, ni même touchée. Voilà un regret : elle aurait dû établir une liste des plus belles fois pour se les remémorer aujourd'hui. Pas une mèche de cheveux relevée, pas un cil enlevé de sa joue, pas une main sur l'épaule.» p. 163

«Son sourire blanc renvoyait les uns aux heures glorieuses des premiers jours du mitterrandisme, époque miraculeuse où l'on pouvait être majoritaire, lorsque le petit peuple de gauche se projetait dans un homme entrant seul au Panthéon, donnant à leurs luttes passées une majesté aussi fabriquée qu'émouvante. Mais pour la plupart d'entre eux, l'arrogance des maxillaires et la coupe onéreuse du costume de Biais incarnaient la déliquescence d'une aventure qui commença dans la jeunesse de leurs Bastille et se termina à une date indéterminée par l'abandon en rase campagne de leurs valeurs, les laissant pour toujours vieux, orphelins et honteux. […]
Je me souviens, songeait Nathalie, je me souviens de deux femmes et trois enfants devant une dépouille à Jarnac, et du vent qui faisait s'envoler le drapeau posé sur le cercueil.
Je me souviens, pensait Pierre, de Rudy pleurant comme un enfant le jour où Jospin annonça son retrait de la vie politique. Et d'avoir dit dans le téléphone ce soir-là, je suis là frérot, je suis là, tout va bien.
Je me souviens, pensait Jipé, Bérégovoy était comme nous, un fraiseur. Je me souviens de l'abolition de la peine de mort, j'oublie ce qui me blesse, et des coquillettes que les enfants jetaient à la place du riz pour célébrer notre pacs.
Je me souviens, se disait Alexandre le prof de maths, de la première fois où une collègue a compté, petits bâtons dans un coin de page, le nombre de mères voilées qu'elle recevait.
Je me souviens, et c'était Jeanne cette fois qui se souvenait, des forces de l'esprit et que je pensais alors que si elles existaient Pierre me reviendrait un jour.» pp. 189-190
 
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Il s'agit d'un récit à trois voix, celles de Pierre et de Jeanne, «l'histoire d'une jeune fille qui a deux amoureux et qui doit n'en garder qu'un», et celle d'une troisième personne, observateur externe, qui raconte celle des deux premiers. C'est aussi de notre histoire qu'il est question (et pour un peu je lui mettrais un H), de ce que les jeunes adultes de 1981 sont devenus trente ans plus tard, les rêves réalisés, les déceptions, les compromissions et les petits arrangements avec la vie… L'occasion aussi de se rafraîchir la mémoire, de faire un bilan sur la façon dont on a pu traverser ces années et de se demander comment sera perçu ce livre, d'ici quelque temps, par ceux qui n'auront pas connu cette époque. Un livre assez agréable à lire, qui vaut surtout je crois pour le reflet d'une période précise.

La quatrième de couverture
5 mai 2012. Demain aura lieu le second tour de l'élection présidentielle mais ce soir, dans la fébrilité de cette attente, Jipé fête ses cinquante ans. Parmi ses invités, Pierre et Jeanne. Ils ne se sont pas vus depuis trente ans et pourtant n'ont rien oublié de l'amour qui les avait fait trembler alors. Cette nuit-là, le cours de l'histoire peut changer. Second Tour ou Les Bons Sentiments est un roman politique et un roman d'amour, à moins que ce ne soit l'inverse.


Second Tour ou Les Bons Sentiments
Isabelle Monnin
Jean-Claude Lattès